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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 00:03

Bon, mes amis, les temps sont durs. On regarde le petit écran, et on est épaté par toutes ces séries, « 24 », « Oz », ces petits trucs tout énervé et vachement jouissif ( voir très intelligent pour la seconde ). Et on ne se rend même plus compte du mal que fait la télé au cinéma.

 David Slade aussi, c’est un énervé. Après un « Hard Candy » tordu et même trouble par moment ( un homme se fait séquestrer par une gamine qui le prend pour un pédophile… sans qu’on sache si c’est vrai ), il nous pond l’adaptation d’un comics pour adultes, « 30 days of night ». L’histoire d’un village de l’Alaska assailli par une horde de vampires alors qu’il s’apprête à vivre un mois sans soleil… Le film fait son buzz sur la toile, et tout le monde bave d’espoir. Parce que la référence du réalisateur pour son film n’est ni plus ni moins que LE maître de l’horreur des années 80 : John Carpenter. Quand j’ai lu ça pour la première fois, une larme a coulé doucement sur mon visage rêveur… Ah, « Fog », « The thing », « Prince of Darkness », des pelloches à trembler pendant 24 h.

C’est donc sûr de mon choix que je me cale dans mon siège, préparé pour le grand flash back en forme d’hémoglobine… Et je sors en maudissant la télé.

« 30 jours de nuit » n’est vraiment pas un mauvais film. La bande son oscille entre musique industrielle et plainte, Josh Hartnett est très convaincant dans le rôle du shérif « qui-flippe-mais-tient-son-rang », c’est parfois très gore, mais hormis deux ou trois plans chocs, sans surdose, et les attaques de vampires sont suffisamment fulgurantes et sauvages pour faire fermer les yeux à votre voisin(e). Mais quand on voit la fulgurante beauté de certains plans, on se dit que Slade aurait pu faire mieux. Que ce soit celui d’ouverture et ce cargo pris dans les glaces, ou encore ce mouvement de caméra qui nous fait survoler les rues du village en plein chaos, on aperçoit ce qu’aurait pu être le film entre les mains de Carpenter et sans la suprématie de la fiction câblée.

Entre les mains de Carpenter parce c’est typiquement la trame de base qui sous-tend tous ses films. Ce gars avait été traumatisé par le « Rio Bravo » de Howard Hawks ( dont « Assault » du même Carpenter est un remake tout juste déguisé ). Trois gus, des dizaines de méchants, et on tient le fort. Et v’là t’y pas que le même gus réalise un remake à deux doigts de supplanter l’original de « The things »… de Howard Hawks. Alors un film avec un village, trois paumés, le tout dans la neige et des tas de vampires, c’était pour lui. Et Slade le sait. Il tente de faire du Carpenter, il fait son hommage comme il peut, mais il oublie une chose, ce qui fait que les films du maître sont des classiques : la gestion de l’espace.

On ne plante pas sa caméra à 1 mètre voire moins de ses comédiens lorsqu’on veut faire ressentir que le danger est partout. On ne fait pas débouler les vampires dans le champ si on veut faire naître un sentiment d’oppression chez le spectateur. Les idées sont là : la mise à mort d’un des personnages avec lequel les vampires jouent comme des chats avec une souris aurait dû être un moment très fort du film si Slade avait appris les leçons de Big John : montrer les choses de manière fluide, calme, grâce à des mouvements souples en contradiction avec la sauvagerie de ce qui est montré ( méthode que Peckinpah avait poussé à l’extrême des années plus tôt avec ses ralentis en pleine tuerie ). Non, Slade filme « dans l’air du temps », avec des plans rapprochés et montés si rapidement par moment que l’action devient presque illisible. Vous savez, comme dans ses séries où ça bouge de partout, et où la distance entre comédiens et caméras est ramenée à une peau de chagrin. Voilà comment on fait des films de nos jours pour plaire aux djeuns… En pompant sur la télé, parce c’est elle, malheureusement, qui est la plus novatrice ces dernières années. C’est elle qui a pris la place que le cinéma avait tenu dans les années 70 : un laboratoire visuel où presque tout est permis. Alors que dans ces quelques plans aériens, Slade prouvent qu’il sait aussi faire de grandes et belles séquences… Mais c’est has been, maintenant.

Du coup, on ne peut pas dire que ce soit un mauvais film. Il est dans l’air du temps. Et je pense à Kundera pour qui « être dans le vent est une ambition de feuille morte » avant de me dire que, oui, je vais certainement me recaller « The Things » de Carpenter…

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Published by Alain Cochois - dans Cinéma
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commentaires

Corinne 19/01/2008 09:58

J'adore tes critiques !!! Et c'est pas parce que t'es mon frêre (c'est mon frêre !) ! Mais j'irai pas voir ce film, j'en ai assez vu des vampires, j'ai envie de voir des gens qui s'aiment... Mais j'adore lire tes critiques !