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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 23:56

Nick Hume ( Kevin Bacon ) est un homme noyé sous le bonheur : très belle femme ( Aisha Tyler, j’connaissais pas, mais elle est effectivement très belle ), beaux gosses, belle maison, boulot qui rapporte pépètes, non, ne plaignons pas Nick. Enfin, oui, mais seulement après le meurtre par un gang de son préféré d’aîné. Parce que du coup, rien ne va plus : la justice qui fait mal son boulot, une très belle femme ( Aisha Tyler, je ne co… Quoi ? Déjà dit ? ) en larme… Nick craque, et décide de se faire justice…

Difficile pour le coup de parler de « Death sentence » sans trop en dévoiler. Parce qu’il a tout les symptômes du film-à-message-qui-l-a-pas-fait-exprés. Qui a vu le 1er « Saw » sait que son réalisateur, James Wan, n’est pas un auteur à proprement parler. Efficacité toute relative de sa mise en scène lourdingue, scénario qui tient sur un papier à cigarette… Mais notre homme étonne la planète ciné lorsqu’il décide de quitter la franchise qui vole vers Saw 6 et Saw 7 à l’heure qu’il est. Non, monsieur veut faire de vrai film. Et au vue des résultats mitigés de son 1er effort « Dead Silence », qu’il décide de continuer en solo sans retour par la case Jigsaw, c’est plutôt la preuve d’une réelle volonté de se forger son univers. Mais de là à s’attaquer au sujet ultra délicat de la vengeance, c’est une autre paire de manche.

« Death sentence » renvoie à 3 films auquel il s’apparente sous certains aspects. Bien entendu, le premier est « Un justicier dans la ville », où cette vieille trogne de Charles Bronson dégommait avec son gros flingue les méchants qui ont violés et torturés ( n’en jetez plus ! ) sa femme et sa fille. Il est clair que James Wan est beaucoup plus à l'aise avec les bastons que Michael Winner, ce qui nous donne d'ailleurs droit à deux ou trois passages bien tendu et généreux. Pourtant, notre réalisateur ne tire du " Justicier.." que la trame de base et, bizarrement, l’aspect cuir et gros flingue de son gang. Fait d’autant plus étonnant que le 2nd film cité « malencontreusement » est l’excellent « Crossing Guard » de Sean Penn où Jack Nicholson s’apprête après six ans d’attente à venger la mort de sa fille en tuant son meurtrier sous le point de sortir de prison.

James Wan veut être sérieux. Son sujet l’est, et il veut donc le sortir du carcan du film à moitié fascisant de Winner, pour le mener vers l’étude de personnages magistrale de Penn. A ce jeu, il réussit tout de même à rendre le personnage de Kevin Bacon ( toujours aussi excellent ) consistant, vrai. Peut-être pas profond, mais réellement pris par le doute et la douleur. Or deux choses le ramènent sur Terre : Penn film avant tout une histoire AVEC des personnages, et pas un personnage ET son histoire ( pas un seul rôle secondaire n’arrivent à rendre la pareil à Bacon, si ce n’est un John Goodman E-NOR-ME, mais trop peu présent ). Et surtout, Penn choisit de parler du désir de vengeance, et non de son exécution, et cela change tout.

D’où le 3ième film, « Chute Libre », dans lequel un pauvre gus à bout de nerf ( Micheal Douglas ) pète un câble et explose au bout milieu d’un embouteillage, avant d’aller foutre le bordel en ville. Même parti pris du quidam qui devient ennemi public, de la police qui tente de le neutraliser tout en le comprenant, même volonté que celle de Schumacher à l’époque, à savoir faire un film sérieux, et… mêmes défauts. Nos deux gars sont les produits d’un ciné américain loin d’être finaud, et ils n’ont pas la carrure d’un Penn pour prétendre faire autre chose qu’un film tout public un peu plus noir que la moyenne.

Nous voilà donc avec un film hybride qui dépoussière le thème de la vengeance ( « Un justicier… » ), pour leur donner une crédibilité d’auteur ( « Crossing… » ), avec les tics fatiguant des bons gros films américains ( musique mélo collée sur des gens qui pleurent, ou regard qui tue avant de sortir son gros flingue, c’est au choix ). Un film qui, ne sachant pas où poser son cul, finit par délivrer un message étonnant pour une production américaine… Car Wan, dans un final surprenant, et à force de ne jamais être clair dans ses intentions ( le gang est composé de gros cons qu’on aime voir se faire dégommer, mais Kevin Bacon est suffisamment touchant dans sa douleur pour que nous ayons envie qu’il retrouve la paix et arrête le massacre ), finit par nous dire que la violence, c’est pas si mal, suffit juste de l’assumer… Car si Nick Hume vit un tel cauchemar, c’est parce qu’il n’est pas assez habité par elle, parce qu’il n’assume pas son envie profonde de vengeance !

Pour étayer mes propos, il me faudrait citer plusieurs passages durant lesquels Wan bascule en peu de temps du pacifisme mielleux à la détermination de tuer. Je préfère, comme je l’ai déjà dit, que les gens découvrent et ressentent sur l’instant, plutôt qu’ils acceptent une analyse qui n’engage que moi. Mais c’est ce doute du réalisateur si palpable à l’écran qui fait de « Death sentence » un film viscéral au sens propre du terme, comme si James Wan ressentait lui-même l’attirance / répulsion propre à la haine. Du coup notre réalisateur se retrouve responsable d’un film à message « par accident ». Et quand on voit l’ambiguïté dudit message, ça laisse assez perplexe…

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Published by Alain Cochois - dans Cinéma
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commentaires

Alain 23/01/2008 10:53

" Crossing guard " est un des meilleurs rôles de Nicholson, mais faut pas être déprimé avant de le regarder... Dans tous les cas, fonce, il est superbe !

Emmanuelle 23/01/2008 09:24

Ca rend le film tentant mais surtout "Crossing guard". J'essayerais d'aller voir les deux et te donnerais mon avis. Encore merci Monsieur Critique...