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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 22:11

« Coup de poing . Sous la forme d'une fiction documentaire, les minutes d'une rare violence d'une journée de tuerie des marines américains en Irak. ». Ca, c’est l’Humanité qui l’a écrit, ce qui donne le ton de l’emphase de plusieurs critiques pour « Battle for Haditha ». J’ai déjà, il y a quelques temps de cela, dit tout ce que je pensais de l’empressement de certains à crier au génie devant des films pourtant bourrés de défauts. Et voilà que je suis obligé de remettre ça. Ce film ne m’inspire pas de critique, il n’a rien de suffisamment consistant à analyser. C’est fatiguant, un mauvais film… Alors on va s’appuyer sur ce petit bout de texte de l’Huma…

« Coup de poing ». C’est facile apparemment de donner un uppercut : de la violence picturale suffit. Comme lorsqu’on avait essayé de nous vendre  « The Great Ecstasy of Robert Carmichael » comme le nouveau « Orange mécanique ». Je me suis rarement autant fait chier pendant un film… Alors, non, les gars, des tripes à l’air, des enfants abattus, des rafales de M-16, c’est pas de la violence, c’est un grand jeu vidéo, c’est une fausse distanciation qui ne cache qu’un manque profond de psychologie. Sur le même sujet ( la guerre en Irak ), la visite de la morgue dans « La vallée d’Elah » était vingt fois plus violente. La tuerie du village vietnamien de « Platoon » faisait, elle, réellement froid dans le dos. Là, on ne voit que des cons de GI tuer des irakiens si mal joués auparavant qu’on en est même pas touché. La violence seule n’apporte rien de plus que du sexe dans un film porno, et certainement pas de la réflexion.

« Sous la forme d’une fiction documentaire… ». Là, je m’énerve encore plus. Dîtes, les gars, vous avez déjà regardé des films de Watkins ? De Greengrass ? Et vous osez mettre ce truc tout vide dans le même panier ? Les faux docu, ou les films historiques tournés comme des docus, sont des œuvres qui nécessitent un équilibre quasi parfait entre distance de la caméra ( faire oublier au spectateur qu’il y a une caméra ), jeu des comédiens ( arriver à être naturel au point de ne plus jouer, mais d’ETRE le personnage ), et confusion ( la vraie vie est faite de brouhaha, de silence, de gens qui se coupent la parole, de manque d’explication ). Rien de tout cela n’est dans « Battle for Haditha ». Rien. Je vais envoyer un DVD de « Punishment Park » de Watkins et de « Vol 93 » de Greengrass à l’abruti qui a osé écrire cette petite phrase dans l’Huma, histoire qu’il se rappelle un peu ce qu’est le cinéma vérité, ou qu’il complète sa culture…

Je dois paraître particulièrement prétentieux ce coup ci. Mais je suis désolé : des réalisateurs ont mis la barre très haut niveau réalisme. Quant à la violence, à la folie des hommes, matez vous « Funny Game » d’Haneke. Et pour les méfaits des GI, on va faire facile, « Platoon », voire, tiens, ce petit film sans prétention sorti en 1981 de Walter Hill, « Sans retour », où une bande de bidasse se croit un peu trop pleine de pouvoir lors de ses manœuvres en Louisiane, et se retrouve prise en chasse par les « péquenots » du coin. Et il y en a des dizaines d’autres, que certains journalistes oublient, se gargarisant de films tout juste sortis. Tout ça pourquoi ? Parce que parler des méfaits des GI et des terroristes, c’est vachement bien de nos jours, c’est très rebelle, trop fort mon gars, toi, tu oses parler. Ben apprends avant de le faire. Tes terroristes n’ont aucune complexité ( les motivations réelles des apprentis terroristes sont débités texto, comme çà, style « ils font trop chier ses américains, j’aime pas Al Qaïda, mais comme ils sont trop cons ces américains, ben je vais les faire sauter » ), tes GI sont déjà assoiffé de sang au début du film ( avant de partir en mission, ils se crient dessus, se tapent dans les mains en hurlant « On va buter du fuckin’ insurgés », putain, plus fort que dans « Starship Troopers » ! ), tes irakiens sont tout mous devant l’approche du danger ( après avoir vu les terroristes enterrer leur bombe devant chez eux, une femme dit à une autre : « On va quand même faire la fête ? », et l’autre de répondre : « Ben oui, faut bien vivre ». Fin de la problématique du silence. Whoua, trop fort… ). Et ce type de films fait beaucoup de mal à la tentative de décryptage de la violence des VRAIS réal’.

Demain, je vais filmer le gars qui fait le ménage là où je bosse, et je vais lui demander ce qu’il pense de la guerre en Irak : j’vais certainement me faire plein de fric et passer à Cannes… si j’éventre son chien, il va sans dire.

 

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Published by Alain COCHOIS - dans Cinéma
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