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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 13:02

Moi, j’aime bien Sylvester Stallone. Et je ne parle pas de sa filmographie qui a fait rêver plus d’un ados maigrichon à lunettes, mais du personnage Sly. Un dinosaure. Un véritable monument. Et un mec sensible, en plus, même quand il dégomme du Birman comme dans un épisode de Doom. Parce qu’il est vachement lucide notre étalon italien. Il assume totalement son statut de tas de muscle régnant en maître sur le cinéma d’action du début des années 80 à celui des années 90. Mais il pensait toujours avec une grande nostalgie à ses films plus matures que sont « Rocky » ( 1976 ) et « Rambo : first blood » ( 1982 ). C’était avant qu’il ne devienne un pur héros Reaganien, le symbole d’une Amérique belliqueuse et ultra puissante.

On pourrait d’ailleurs s’arrêter là, laisser Stallone dans la catégorie des décérébrés bourrés de testostérones. Car, au bout du compte, que reste t il de lui dans l’inconscient collectif ?

Il est tout de même préférable de remettre les pendules à l’heure. Non pas pour Rocky premier du nom : il est toujours, à ce jour, vu comme un bon film, et pour certain, le meilleur de la filmographie de Sylvester. Mais quid de Rambo ? Comme « Massacre à la tronçonneuse », le mythe a dépassé la réalité. De la même manière que beaucoup de personnes prétendent avoir vu le film de Tobe Hopper, et se le remémore plein de sang, de meurtres et de tortures. Tout l’inverse de ce chef d’œuvre où tout se passe hors champ, où les fameux hectolitres de sang ne sont jamais versé face caméra. Le traitement actuel du 1er Rambo de Ted Kotcheff est du même acabit. Bien aidé, il est vrai, par deux suites minables et au discours très limites, « First blood » n’en est pas moins revu continuellement par le prisme d’un inconscient alimenté par le cynisme affilié au film de Stallone. Sans être un grand film, « Rambo I » est, sans aucun doute, un très bon métrage, anti-guerre et d’ailleurs très mal reçu en son époque par le public américain.

Qu’en est il du dernier en date ? Il sera très certainement mal perçu par un grand nombre des spectateurs… parce que hors contexte réel. Le choix de la Birmanie aura au moins l’avantage de dissocier Rambo de la logique américaine, voire de s’y opposer : les USA n’ayant aucun intérêt dans le coin, pourquoi y intervenir ? Et voilà notre héros posé comme dernier espoir de ces pauvres humanitaires pris en otages par la junte locale.

Mais nous avons tendances à oublier que Stallone ne fait pas un film à message, mais qu’il clôture la vie d’un personnage très malmené par deux suites atroces et fascisante. Il veut à la fois ( et avec une tendresse évidente ) réhabilité son héros, mais aussi refaire un film d’action comme on en fait plus.

Ca fonctionne à merveille pour ce qui est du film en soit. On a un sourire béat en revoyant  cette bonne vieille gueule d’asocial qui souffre à l’idée de devoir en placer une, et on a rarement vu un tel classicisme de mise en scène au service d’un scénario de grosse série B ( la forêt y est parfois splendide, les scènes d’actions toute à fait lisibles, et la tension monte de manière inéluctable ).

Mais depuis tant d’années, on a oublié qui est notre héros. On a oublié son nihilisme, sa misanthropie. Et, surtout, sa violence extrême. Ce sont les suites qui ont donné à Rambo sa couleur patriotique. Ceux sont elles qui ont squattées l’inconscient collectif. Le vrai Rambo est tout autre. S’il tue, c’est parce qu’il est fait pour çà, parce que l’homme à ses yeux est nuisible. C’est comme cela que Stallone voit son personnage. Et pour le sauver, il faut qu’il lui donne et une cause pour laquelle se battre, et un débordement de violence tel qu’il en soit écœuré. La cause est facile : l’aide humanitaire en Birmanie. Quand à la violence, elle apparaît en premier lieu sous la forme de soldats sadiques, qui tuent femmes, vieillards et enfants sans discernement.

Le piège se referme alors sur Stallone / réalisateur : en  surchargeant l’horreur du génocide Birman, il le caricature presque. Non pas qu’elle soit fictive, car les exactions sont bien réelles, comme le montrent les images du générique du film, piqûres de rappel des atrocités commises dans la plus grande impunité. Mais à trop vouloir préparer le terrain à la renaissance de son personnage, il tend le bâton à ses détracteurs pour se faire battre. Car, outre la violence des méchants, c’est le paroxysme atteint lors d’un final d’une incroyable longueur et d’une hargne inouïe qui est apte à soulever le plus d’indignation. Stallone est un pacifiste convaincu, et pour lui, le meilleur moyen de combattre la plaie de la guerre, c’est de la montrer dans toute son horreur. Cette séquence de plus d’un quart d’heure, c’est l’intro d’ « Il faut sauver le soldat Ryan » version jungle et commando. C’est un tuerie sans nom, un massacre filmé au plus prés. C’est l’exorcisme d’un homme dont la violence et l’art de la guerre contenus doivent impérativement exploser pour atteindre une paix intérieure.

Et il faudra attendre la fin du massacre pour comprendre la volonté de Sly : cette femme pour laquelle il s’est battu ne lui adresse que des larmes d’incompréhension lorsque carnage touche à sa fin. Ces longs plans sur les cadavres amoncelés, déchiquetés, n’ont pas le lyrisme des fins de films de guerre qui sentent le parfum du devoir accompli. Tout n’est que gâchis.  Douleur.

Mais c’est ce qui permets à Rambo ces dernières images de paix, son retour au bercail plein d’une sérénité en totale contradiction avec la fureur des images précédentes.

Que fera alors l’inconscient collectif de ce film hors du temps et des modes ? Lorsque je suis sorti de la salle, des jeunes derrières moi se tapaient dans les mains en se remémorant ce grand truc trash. Dans la salle, les spectateurs riaient du silence monolithique de ce bon vieux con de Rambo. Pas de tendresse pour mon asocial préféré. Pas de recul face à la violence. Non, « John Rambo » risque fort de se retrouver ranger aux côtés des honteux II et III. Et Stallone de rester le gentil dinosaure maladroit . Personnellement, je lui dis plutôt merci d’avoir voulu libérer son Rambo, le vrai, le seul digne d’exister.

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Published by Alain COCHOIS - dans Cinéma
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